Combattre les bruits parasites dans le signal audio

Éliminer le bruit parasite en studio ou sur scène

Dans le violon électrique, comme dans tout instrument électrique ou électro-acoustique, des perturbations du spectre sonore peuvent apparaître à différents endroits de la chaîne sonore. Ces perturbations sont appelées plus communément le bruit parasite. Ce bruit peut être généré par différents éléments et il peut être (très) compliqué d’en identifier la source. Pour la trouver, il faudra procéder par élimination en supprimant et débranchant un à un les éléments jusqu’à identifier la source émettrice du bruit parasite.

Une fois la source identifiée, vous pourrez tenter de trouver une solution afin de réduire et si possible d’éliminer ce bruit parasite. Dans tous les cas, sachez que traiter un bruit parasite à la source sera toujours bien plus évident qu’en sortie de chaîne sonore. Si vous pensez qu’un ingénieur son aura toutes les solutions pour effacer un bruit parasite, détrompez-vous ! La solution la plus simple est toujours de le supprimer ou au moins de le diminuer au maximum pour pouvoir ensuite le retravailler numériquement.

Mis bout-à-bout, ces bruits parasites peuvent générer un brouhaha infernal pour les spectateurs et l’ingénieur son. Alors pendant la balance, ou avant de commencer un enregistrement studio, il faut essayer d’en identifier la cause afin de réduire et si possible de supprimer ce désagrément. Nous avons listé de nombreux paramètres pouvant être à l’origine de bruit parasite dans votre chaîne sonore.

Fonctionnement des capteurs

Généralement, les instruments de musique sont équipes de capteurs piezo électriques ou magnétiques. Sur les guitares électriques, on utilise généralement un capteur magnétique, tandis qu’il sera piezo électrique sur les guitares acoustiques. Nos violons électriques sont équipés de plusieurs capteurs piézoélectriques (un par corde).

Capteurs piezo électriques

Les capteurs piezo électriques sont destinés à « traduire » une vibration, à laquelle ils sont soumis, en un signal audio. Il s’agit de la vibration des cordes dans le cadre du violon. Lorsque la corde vibre, elle presse le capteur piezo qui va générer un signal électrique transmis ensuite à un amplificateur. Ci-contre un Equinox utilisant un chevalet doté d’un capteur par corde.

Capteurs magnétiques

Les capteurs magnétiques fonctionnement différemment. Ce sont des aimants entourés d’une bobine de fil de cuivre. Ils vont générer un champ magnétique qui va évoluer lorsque les cordes vont vibrer. Cette variation va générer un signal électrique envoyé à un amplificateur.

À l’inverse de la captation via des microphones, ces technologies ont l’avantage de limiter le larsen. Attention, des bruits parasites peuvent malgré tout apparaître et nous allons voir pourquoi.

Interférences électriques

Blindage

Concernant votre capteur sonore, notez qu’il doit être isolé pour limiter des perturbations produites par des parasites électromagnétiques. Normalement, les capteurs des instruments de musique sont blindés pour éviter ce type de désagréments. C’est le cas notamment de nos pickups ; chaque capteur est blindé individuellement.

Cependant, il est impossible de certifier un blindage parfait. Car tout capteur peut réagir à l’environnement dans lequel vous vous trouvez à cause d’interférences électriques ou électromagnétiques. Ce sont les plus bruits parasites les plus difficiles à identifier car ils sont invisibles et aucunement relié à votre matériel de musique.

Ces interférences peuvent venir de tout élément pouvant perturber les capteurs. Auquel cas, vous entendrez un bourdonnement continu identifiable dans les fréquences relatives au courant électrique de votre pays : 50Hz en Europe et 60 Hz en Amérique du Nord par exemple.

C’est le « bzz » qu’on entend fréquemment avec les guitares électriques. Les micros magnétiques sont un peu plus sujet aux interférences. Un exemple d’un bzzz dans la vidéo suivante.


Pour réduire ce bruit parasite, il suffit parfois de se déplacer de quelques mètres, ou de trouver l’appareil qui produit ces interférences et de l’éteindre. Il peut s’agir d’une source lumineuse particulière, d’un appareil électrique, d’ondes radio, du wifi, d’une antenne téléphone à proximité de votre domicile, d’un connecteur CPL (transmetteur d’Internet par électricité), etc. Par exemple, nous avons eu le cas d’un violoniste ayant des problèmes à cause de son frigo qui, lorsqu’il se mettait en route, perturber le signal électrique de la maison.

Très souvent, si vous vous tournez dans certaines directions, vous trouverez une position qui génère moins de parasites… Cette position sera alors la « position idéale » pour jouer en studio tout en enregistrant le moins de bruit possible. Dans le cadre d’un concert, inutile de vous préciser qu’il ne faut pas jouer dos au public, il faudra trouver une autre solution. Pas d’inquiétude, l’ingénieur son a toujours des idées pour limiter les bourdonnements.

Le « bzzz » peut aussi apparaître si l’instrument nécessite l’utilisation d’une alimentation électrique (batterie ou pile) auquel cas on parlera d’un problème de masse (voir le point suivant pour plus d’explications sur la boucle de masse).

La boucle électrique ou boucle de masse

Boitier DI

Le problème de la boucle électrique peut aussi générer un bruit parasite. La boucle de masse se créé lorsque plusieurs éléments utilisés dans votre chaîne sonore sont connectés à des prises électriques différentes. Le courant étant alternatif, sa fréquence sera différente d’une prise à l’autre ce qui générera des interférences.

Dans ce cas, vous pouvez utiliser l’interrupteur « ground / lift » de votre boitier DI ou de votre multi-effets s’il en possède un . Il va couper la masse entre les circuits d’entrée et de sortie et stopper les interférences. Ce type d’interrupteurs existe parfois sur les amplificateurs et va jouer le même rôle.

L’éclairage

L’éclairage est aussi un élément perturbateur pouvant générer un bruit parasite. Notamment les néons qui génèrent un « buzz » permanent. Si vous avez de bonnes oreilles, vous avez dû entendre que les néons émettent ce bruit dès qu’ils sont allumés. La solution : limiter le nombre de sources lumineuses en studio ou utiliser un autre type d’éclairage.

Les éclairages utilisant un variateur d’intensité (dimmer) vont aussi générer plus ou moins de bruit ; ce sont ces interrupteurs qui permettent à la fois d’allumer ou d’éteindre une source de lumière, mais aussi de gérer son intensité lumineuse. On en trouve dans la plupart des maisons nord-américaines (beaucoup moins en Europe). Ces variateurs d’intensité peuvent générer et/ou accentuer les bruits parasites. Dans ce cas, trouvez la position qui générera le moins de bruit. Normalement, il s’agira de la position permettant d’émettre un maximum de lumière.

Le préamplificateur

Pour des raisons de concordance dans les niveaux du signal audio, un préamplificateur est parfois nécessaire pour maîtriser l’impédance du signal créé par l’instrument. Un préamplificateur de mauvaise qualité peut générer un « souffle » à fort volume.

Préférez les instruments de musique sans préamplificateur intégré (sans alimentation interne type pile 9V reliée à la production sonore). Ne pas avoir de préamplificateur interne vous permettra de mieux maîtriser votre chaîne sonore et chaîne d’effets. Beaucoup de préampli interne à l’instrument transforme en amont votre son avec des effets comme de la reverb, ce qui complexifie la création de chaîne d’effets ensuite. Il vaut mieux opter pour un préamplificateur externe de qualité ! Au moins, vous serez maître de sa qualité !

Les câbles

Câble jack

Pour les instruments de musique et accessoires, on utilise des câbles jack 6,35mm ou des XLR. Certains sont blindés et stoppent les bruits parasites.

Quelles sont les différences entre les câbles symétriques et les câbles asymétriques ?

Les câbles symétriques sont relativement immunisés contre le bruit parasite produit par des interférences. Ils possèdent 3 fils : un point chaud, un point froid et une masse. Tandis que les câbles asymétriques n’en ont que deux : un point chaud et une masse. La présence du point froid est l’élément qui permet de limiter les parasites.

Et que signifie connecteurs TRS et connecteurs TS ?

C’est un peu le même principe que précédemment sauf qu’on va parler de points de contact. Un câble jack TRS possèdent 3 zones de contacts, alors qu’un câble jack TS n’en utilise que 2. C’est le 3ème point de contact des connecteurs TRS qui permet de véhiculer un signal symétrique. Sur un câble jack 6,35mm TRS, vous noterez une bague supplémentaire sur l’embase jack. Ces câbles véhiculent un signal symétrique et sont équivalents à un câble stéréo.

On pourrait croire qu’utiliser un câble TS est la solution pour un instrument de musique. Mais la plupart des instruments de musique ne sont pas compatibles car le signal produit est généralement mono asymétrique. Du coup la fonction même de limitation du bruit parasite est impossible. Et c’est pourquoi on utilise des boitiers DI avec les instruments de musique.

Ne pas utiliser des câbles trop longs

Plus le câble qui relie votre instrument à votre ampli ou à votre pédale à effets est long, plus il est susceptible de capter des interférences, comme des ondes radio parasites. Elles vont s’ajouter au signal audio et créer du bruit plus ou moins fort. Mieux vaut donc utiliser des câbles qui ne sont pas trop longs.

Ne pas enrouler les câbles

On a tendance à enrouler nos câbles en cercle pour les ranger, et à ne pas les dérouler dans leur totalité sur scène ou en studio pour éviter d’avoir de longs câbles qui traînent par terre. Or, en laissant les câbles enroulés, ils vont jouer un rôle d’antenne qui va capter des ondes parasites et donc générer du bruit. Déroulez-les afin de limiter les parasites sonores !

Les câbles en mauvais état

D’apparence tous vos câbles semblent en bon état, et pourtant après les avoir déroulés et enroulés, les avoir tirés ou y avoir marché dessus, le câblage interne peut se briser. Si la masse est brisée du bruit sera automatiquement généré. Il faudra les tester un à un pour identifier le câble qui est à l’origine du bruit parasite. Une fois identifié, 2 options s’offrent à vous : vous êtes un peu bricoleur, vous pouvez tenter de réparer le câble de masse, vous n’avez aucune idée de comment faire, alors il est inutile de le garder, remplacez-le. Et pensez bien à jeter le câble cassé pour que vous ne l’utilisiez pas une nouvelle fois.

Un système sans fil

Un système sans-fil peut couper ou limiter les bourdonnements. Tout comme, il ne devrait pas être impacté par des coupures liées à la distance émetteur-récepteur tant qu’on reste dans son rayon d’action. L’inconvénient c’est qu’ils utilisent les mêmes bandes de fréquences que beaucoup d’autres appareils. Ce qui peut perturber la transmission du signal entre l’émetteur et le récepteur. Aujourd’hui, il existe des systèmes sans fil capables de balayer les plages de fréquences et de sélectionner au démarrage la moins utilisée dans la zone autour de vous. Certains peuvent même changer de plage de fréquences en plein concert sans que vous ne vous en rendiez compte.

Notez aussi qu’un système sans fil de mauvaise qualité est susceptible de créer du souffle à fort volume. Mieux vaut se renseigner avant d’acheter le premier système sans-fil du marché…

Les processeurs et pédales à effets

pédales à effet

Les processeurs d’effets sont à double tranchant. Ils bonifieront votre son si vous les utilisez correctement et au contraire, peuvent complètement le dégrader si les réglages ne sont pas adaptés. Notez qu’un multi-effets très bas de gamme peut générer invariablement du souffle, donc du bruit.

Enchaînez les effets selon un ordre logique pour minimiser à chaque étape les créations de bruit parasite. Veillez également à régler correctement le gain d’entrée dans votre processeur d’effets et choisissez de préférence des effets de bonne qualité.

N’hésitez pas à user d’effets de nettoyage du son comme le denoiser ou le gate.

Découvrez notre article sur la création de chaîne d’effets.

Toute pédale nécessite d’être alimentée électriquement. Comme pour les câbles, si sa masse (connexion à la terre) s’abîme, elle générera un « bzzz ». Ceci s’applique à tout élément utilisant une prise de terre comme un ampli, un système PA, un looper, etc.

Le système de diffusion

Le système de diffusion peut être soit :

  • Un amplificateur
  • Un système de diffusion contenant seulement une ou plusieurs enceintes

Un système de diffusion, mal réglé ou mal conçu, sera une source de bruit non négligeable dans la chaîne sonore. Ce bruit parasite, s’il n’est pas éliminé en amont ou en aval devient vite très gênant voire insupportable. Vous l’avez obligatoirement entendu, il s’agit du « bzzzz » qu’on entend quand les musiciens arrêtent de jouer sur scène et que le système de diffusion est toujours actif. Attention, le système de diffusion étant en bout de chaîne sonore, il n’est pas toujours à l’origine du bruit parasite. Il peut retranscrire le bruit parasite produit par un élément ou des éléments se situant avant lui dans la chaîne sonore. Pour identifier la source du bruit parasite, procédez par élimination en testant les éléments qui composent votre chaîne sonore. Une fois identifiée, tentez de supprimer ou de diminuer le bruit parasite.

Là encore, la qualité d’un système de diffusion (ampli, enceintes, sub, etc.) dépendra de votre budget. Mieux vaut privilégier la qualité du système sonore à sa puissance. Les amplis bas de gamme sont généralement source de beaucoup de bruit parasite !

Nous avons écrit un article sur le choix d’un ampli adapté au violon électrique.

ampli et enceintes sonores

Images : Unsplash – @litangen, @gabrielgurrola, @juandinella, @antoinebst