Le violon et ses cousins

le violon et les autres types de violon et instruments à cordes frottées

Le violon est un instrument à cordes frottées comme le violoncelle, l’alto et la contrebasse. Ses origines et son inventeur sont assez controversées. Le violon a été inspiré par plusieurs instruments, puis a inspiré des inventeurs et luthiers qui ont imaginé de nouveaux instruments comme le Violon Stroh, le violon Chanot ou encore le violon électrique. Dans cet article, nous allons découvrir le violon et ses instruments de musique « cousins » ainsi que leurs origines.

Aux origines du violon

Dans l’Histoire, on considère que le violon apparaît dans les années 1520 en Italie, plus précisément dans la région milanaise.

Les écrits ne permettent pas de déterminer avec précision quel est le premier luthier ayant fabriqué un violon. Plusieurs noms sont cités mais jusqu’à aujourd’hui rien ne permet d’identifier avec certitude le créateur du premier violon. Parmi ces noms, on retrouve notamment Andrea Amati.

On suppose que le violon est inspiré de trois instruments : le rebec, la vièle et la Lira da braccio.

Le rebec

Le rebec est un ancien instrument à cordes frottées médiéval au dos bombé possédant une caisse de résonance, une table d’harmonie et deux ouïes. Creusé dans une seule pièce de bois, il possède entre 2 et 4 cordes en boyau accordées en quinte. Sa taille est variable.

Le rebec se joue appuyé sur l’épaule comme un violon ou bien appuyé au niveau de l’intersection entre la poitrine et le bras. Dans les pays orientaux, les rebecs se jouaient verticalement en appui sur les genoux.

On pense qu’il a été introduit d’abord en Espagne par les maures avant de parcourir le reste de l’Europe.

Le rebec est d’ailleurs souvent représenté dans des fresques ornant les murs de nombreuses chapelles et églises espagnoles. Ci-joint, un exemple d’un détail d’une fresque représentant un ange jouant un rebec, et se trouvant dans la chapelle de San Martin de la cathédrale Vieja de Salamanque en Espagne.

Le rebec a été très largement utilisé par les troubadours, poètes-compositeurs se déplaçant à travers les cours d’Europe, entre le 12ème siècle et le 17ème siècle.

La vièle

La vièle est un autre instrument à cordes frottées d’origine médiévale.

En fait, le terme « vièle » est utilisé pour représenter des dizaines d’instruments à cordes frottées à travers le monde aux formes et caractéristiques particulières. Elles sont parfois très différentes les unes des autres.

Toutes possèdent une caisse de résonance, une table d’harmonie et des ouïes à formes variées. La forme des vièles a elle aussi largement évolué au fil des âges et des cultures. Elles peuvent avoir de 2 à 6 cordes, même si la plupart d’entre elles en utilisent généralement 5. Les cordes sont frottées à l’aide d’un archet droit ou courbé. Elles se jouent soit tenue sous le menton comme le violon, soit verticalement et appuyée contre la poitrine.

Des vièles vont naître les violes aux alentours du 15ème siècle. Nous verrons un peu plus bas quelques violes et vièles traditionnelles.

La Lira da braccio

La Lira da braccio est un instrument de musique à cordes frottées italien né à la Renaissance européenne.

On pense qu’elle est un dérivé de la vièle comme de nombreux instruments de musique.

Elle possédait généralement 7 cordes : 5 cordes jouées à l’archet et 2 cordes non positionnées sur la touche servant de bourdon.

La Lira da braccio a été jouée en Italie par des poètes-musiciens entre le 15ème et le 16ème siècle avant de définitivement disparaître au profit du luth et du violon.

Le violon ne s’est pas imposé immédiatement comme instrument roi. C’est seulement lors de la Renaissance en Europe qu’il prend de l’ampleur et trouve sa place parmi les nombreux instruments de l’époque.

Le violon commence petit à petit à s’imposer parmi les autres instruments de musique ; il est alors joué au sein des cours royales et des fêtes populaires, et il s’associe à une multitude de styles musicaux. Il poursuivra sa longue ascension à travers les siècles façonnant de nouveaux virtuoses et luthiers.

Le violon a ensuite inspiré de nouveaux instruments à cordes frottées ou pincées comme la mandoline.

Les expérimentations autour du violon

Le violon Stroh

Un violon bien particulier auquel on donne tout un tas de nom : « violon à cornet », « Strohviol », « violon-trompette » ou encore « violon à pavillon ». Cet instrument est bel et bien inspiré du violon mais pas uniquement. Le violon Stroh a été inventé par John Matthias Augustus Stroh, un ingénieur d’origine autrichienne, qui s’est lancé dans la fabrication de ce nouvel instrument avec un objectif très précis.

Il a supprimé la caisse de résonance du violon et l’a remplacé par un corps plein sur lequel est inséré un pavillon à clairon équipé d’une membrane directement reliée au chevalet. En fait, le fonctionnement du violon Stroh est directement inspiré du phonographe d’Edison, célèbre ingénieur américain à l’origine de nombreuses inventions. Le chevalet joue le rôle de l’aiguille de lecture du phonographe (ou du gramophone) et va transmettre les vibrations des cordes jusqu’à la membrane. Puis les vibrations sont amplifiées par un ou deux pavillons selon les modèles du violon Stroh.

Un brevet a été déposé par John M A Stroh et validé le 3 juin 1900 par l’USPTO, l’équivalent de l’INPI aux Etats-Unis. Vous trouverez ci-dessous quelques images décrivant cette invention. Ce brevet est tombé dans le droit public en 1917 et peut être découvert sur Google Patents pour les plus intéressés.

Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y avait un véritable objectif derrière la création du violon Stroh. En effet, enregistrer un violon acoustique a toujours été quelque chose de complexe. C’est encore un vrai challenge de nos jours alors imaginez la complexité que cela représentait au 19ème siècle.

L’idée de M. Stroh était de pouvoir gérer la direction du son produit par l’instrument et de l’orienter directement vers l’enregistreur afin de faciliter la captation sonore. Ce qu’il a pu proposer en adaptant le système du gramophone sur son violon Stroh. Cet instrument de musique a d’ailleurs été aussi décliné en violoncelle afin de répondre aux mêmes besoins.

Le son du violon Stroh est si particulier que de nombreux violonistes en jouent encore aujourd’hui. Ci-dessous Benedik Brydern jouant l’une de ses compositions Dunes of Taklamakan au Strohviol.

Le violon Savart

Le violon Savart se reconnaît facilement grâce à sa caisse de résonance trapézoïdale avec ouïes rectilignes.

La création du violon Savart naît de la collaboration entre Jean-Baptiste Vuillaume, luthier et Félix Savart, physicien. Ces deux hommes souhaitaient améliorer les performances sonores des instruments de musique. Et c’est essentiellement le savoir en sciences physiques de Félix Savart qui fût utilisé.

Félix Savart avait noté que la forme en voûte de la table du violon était un frein à la propagation des ondes sonores. Il a donc transformé le corps en voûte en un corps à forme plate trapézoïdale. Il a aussi remplacé les ouïes en ff par des ouïes rectilignes afin de limiter les pertes vibratoires. En effet, Félix Savart avait compris que les pertes vibratoires étaient accentuées par la présence d’ouïes en ff et par les éclisses du violon classique.

violon Savart

Le violon Savart

Pour améliorer la forme structurelle de son violon, il a disposé du sable fin sur la table d’harmonie plate trapézoïdale. En présence de ce sable fin, et si le violon est joué, il est possible de visualiser la propagation des ondes sonores à travers le corps de l’instrument. En fonction de la fréquence de la note jouée, le sable fin va dessiner des motifs différents sur la table d’harmonie. C’est ce qu’on appelle les figures de Chladni. En suivant les résultats obtenus pour chaque note, Félix Savart a optimisé la forme structurelle de son violon Savart pour optimiser la propagation des ondes. Le principe des figures de Chladni est expliqué dans la vidéo ci-dessous.

Malheureusement, d’un point de vue acoustique pure, le violon de Savart n’a pas apporté d’améliorations réelles. De plus, les modifications majeures apportées à la forme originale du violon ont surtout façonné un instrument peu jouable, difficilement maniable et inconfortable. Le violon Savart est resté un instrument d’étude en acoustique, souvent évoqué et étudié dans les universités.

Le violon Chanot

Comme le violon Savart, le violon de Chanot est une expérimentation d’amélioration acoustique initiée par François Chanot en 1819. Il souhaitait améliorer les principes traditionnels de la lutherie du violon en y appliquant des concepts physiques.

Il a modifié l’apparence du violon en imaginant un corps optimum pour la propagation des vibrations. Ainsi le violon de Chanot possède une forme arrondie, assez similaire à la guitare, une tête retournée pour simplifier l’installation des cordes et des ouïes à largeur constante suivant les courbes de l’instrument.

Tout comme le violon Savart, le violon Chanot n’a jamais réussi à s’imposer. Même s’il a apporté une amélioration sonore, sa méthode de fabrication fût remise en question. En effet, on peut voir sur l’image que le cordier était directement collé sur la table comme pour les guitares. Or il avait tendance à s’arracher face à la tension des cordes.

Le violon Chanot a été par la suite décliné en violoncelle. Ce dernier utilisait cette même forme très cintrée et aux extrémités arrondies.

Violon Chanot

Le violon Chanot

Le violon Chanot fait lui aussi partie des expérimentations musicales ayant influencées les travaux d’autres luthiers, mais n’ayant pas connu de succès d’utilisation auprès de son public cible.

Les cousins du violon

Le violon Hardanger

Le violon Hardanger est une variante du violon en Norvège. En plus des 4 cordes traditionnelles d’un violon, il possède 4 à 5 cordes sous-jacentes.

Ces cordes supplémentaires sont appelées des cordes sympathiques. Elles sont situées sous la touche et réglées sur des tonalités particulières. Elles ne sont pas frottées par l’archet et vont résonner grâce à la vibration de la caisse de résonance.

Observez sur la photo un peu plus bas la position de ces cordes sympathiques qui passent sous la touche d’un violon Hardanger.

La table d’harmonie et la touche des violons Hardanger sont souvent ornées de petits dessins originaux.

Violon Hardanger Norvégien

Le son final du violon Hardanger est donc enrichi par les 4 cordes utilisées généralement sur un violon et par ces 4 à 5 cordes sympathiques.

Le violon Hardanger et ses cordes sympathiques

Un violon Hardanger et ses cordes jouables et sympathiques

Nous avons eu la chance de prendre en main un violon Hardanger à 9 cordes lors d’un voyage en Norvège. Le rendu sonore est assez étonnant ! Ci-dessous, la violoniste norvégienne Guro joue deux titres : Ein etter Neri Neset et Tveitlien avec un violon Hardanger.

Le fiddle

Doit-on ou pas mentionner le fiddle dans notre liste ? D’ailleurs quelles sont les différences entre les fiddles et les violons ? C’est une question qui revient très souvent ! Alors soyons honnête, la différence est simple : il n’y en a pas vraiment.

Cette question relève plutôt d’habitudes de jeu, de traditions, de vocabulaire, d’utilisateurs, de styles de musique, de cultures, etc. Mais finalement, on peut dire que la différence est infime, voire inexistante !

Si vous voulez une réponse courte, on vous répond : qu’un fiddle et un violon représente un même objet. Si vous souhaitez une réponse un peu plus concise, on va tenter d’expliquer dans les paragraphes ci-dessous la « différence » entre un fiddle et un violon.

L’élément qui différencie un fiddler (un joueur de fiddle) d’un violoniste, c’est qu’ils proposent un style de jeu différent, et donc jouent un style de musique différent. On associe généralement les fiddles à la musique folk et traditionnelle comme la musique irlandaise ou cajun par exemple, alors que le violon est rattaché à la musique classique. En 1971, Breandan Breathnach, un fiddler irlandais a dit :

Un violoniste n’est pas un joueur de fiddle, ainsi qu’un joueur de fiddle n’est pas un violoniste.

C’est donc la manière de jouer, et donc la musique jouée, qui créé toute la différence entre fiddle et violon, et non l’objet en lui-même.

Dans la vidéo, Jonathan H. Warren joue avec son Line un titre traditionnel irlandais avec un style fiddle.

Certains puristes vous diront que des différences techniques sont « notables » entre un fiddle et un violon. Cela fait partie du mythe et du mystère autour de la question !

La viole d’amour

La viole d’amour fait elle-aussi partie de la famille des instruments à cordes frottées. Instrument baroque ayant traversé l’Europe, son origine fait débat. Elle se rapproche énormément de la viole à laquelle on a ajouté des cordes supplémentaires. Les formes des violes d’amour ont très largement évolué au fil des siècles. Aujourd’hui, on les retrouve avec deux aspects visuels différents :

  • l’un aux coins arrondis, rappelant la forme d’une guitare.
  • l’autre avec des coins plus saillants, rappelant la forme des violes (mais avec une touche sans frettes).

Les deux formes des violes d’amour sont représentées dans les images ci-dessous.

La tête de l’instrument peut représenter des têtes sculptées humaines ou animales, ou bien reprenant la forme d’un cœur (d’où le nom de viole d’amour). Il n’y a pas de règles définies sur la forme de la tête. Elle est parfois la signature d’un luthier. Parmi les images précédentes se trouve la tête d’une viole d’amour représentant la tête d’un putto (un angelot), extraite de la Collection Geneviève Thibault de Chambure et, repertoriée par le Musée de la Musique de la Philharmonie de Paris.

Les violes d’amour possèdent un nombre de cordes variables, généralement entre 6 et 14, parfois plus. Ces cordes sont soit jouables, soit sympathiques. Les cordes jouables sont jouées grâce à l’archet comme sur un violon. En revanche, les cordes dites sympathiques vibrent par effet de résonance lorsque les cordes jouables sont utilisées. Comme sur le violon Hardanger, ces cordes passent sous la touche.

La tessiture de la viole d’amour s’est standardisée à la fin du 18ème siècle en La, Ré, La, Ré, Fa#, La, Ré ou A, D, A, D’, F#’, A’, D’’. On trouve aujourd’hui très facilement ces cordes sur le marché.

Ci-dessous, Jasser Haj Youssef à la viole d’amour et Haïg Sarikouyoumdjian au duduk interprètent leur composition intitulée Substance.

L’univers des vièles traditionnelles

Nous l’avons vu plus haut, le violon est inspiré de plusieurs instruments dont la vièle. Il existe des dizaines de vièles à travers le monde. Certaines d’entre elles sont souvent méconnues car elles sont essentiellement jouées dans une région du monde, et sont donc rattachées à une zone géographique et culturelle. En voici une liste non exhaustive : la Sârangi (Inde), le Kemençe (Turquie), le Rabel (Amérique du Sud), la Gadulka ou Gadoulka (Bulgarie), le Kamânche (Iran), le Erhu (Chine) etc.

Ci-dessous, trois vidéos mettant en avant tout d’abord le Kemençe (Eren Tekin), le Erhu (Eliott Tordo) puis la Sârangi (Kamal Sabri).

Les vièles ne sont pas des héritières du violon et au contraire, elles en sont en partie à l’origine. Cependant, le rapprochement entre une vièle et un violon est notable de par leur jeu à l’archet. C’est pourquoi il nous semblait intéressant de les nommer ici.

Les violons électriques

Étant nous-mêmes fabricants de violons électriques, il était essentiel de citer le violon électrique qui est lui aussi une évolution notable du violon classique.

Les premiers violons électriques ont été conçus au début des années 1900. Avec l’avènement du jazz et du blues, les violonistes avaient besoin d’être entendu au milieu des percussions et des cuivres.

Sans amplification, la puissance sonore des autres instruments couvrait complètement le son des instruments à cordes frottées dont celui du violon.

La nécessité d’un violon facilement amplifiable était évidente.

Violon électrique Line à 5 cordes

Un Line à 5 cordes

Stuff Smith, violoniste jazz et blues, est considéré comme l’un des pionniers du violon électrique. Il est l’un des premiers à avoir utilisé un violon doté de capteurs et d’une véritable possibilité d’amplification.

Par la suite, les besoins d’amplification des instruments n’ont pas diminué avec l’apparition du rock et l’augmentation capacitaire des salles de spectacle. Plus l’espace est grand, plus le besoin d’amplification est important pour que le public présent puisse entendre correctement le son joué.

Comme tout instrument, et suivant les besoins et évolutions technologiques de chaque époque, le violon électrique a aussi évolué. Aujourd’hui, les violons électriques sont utilisés par des milliers d’artistes, avec ou sans modulation du son grâce à des effets empruntés aux guitares électriques, et pour jouer tout style de musique.

Sources & images : Wikipédia, BNF, École Polytechnique, Musée de la Musique, France Musique, Brevet du violon Stroh par John M A Stroh, Europeana : Billing, Jean-Claude, Ashmolean Museum, BNF, Musée de la Musique, Musée de l’Hospice Comtesse (Lille).