La grande Histoire du violon électrique

Qui a inventé le violon électrique ? En voilà une grande question ! Si le violon acoustique naît en 1520 aux alentours de Milan en Italie, le violon électrique serait né beaucoup plus tard !

Définir le terme « violon électrique »

Dans cet article, nous considérons qu’un violon électrique est un violon sans caisse de résonance, doté d’une connectique jack afin qu’il soit branché à un système d’amplification pour être entendu.

L’intérêt du violon électrique

La création du violon électrique est à relier aux nombreuses inventions et évolutions technologiques qu’a connu le monde du 19ème siècle. La musique a bien évidemment été concernée par tous ces changements. Les possibilités d’enregistrements et de diffusion ont « contraint » les musiciens et les luthiers d’adapter leurs instruments de musique. Sans sonorisation, un violon acoustique devenait sans intérêt lorsqu’il était joué dans une très grande salle. Le sonoriser avec un microphone est un défi pour qu’il soit audible et pour que le larsen ne gâche pas la performance artistique.

Il faut aussi prendre en considération le développement des larges tournées dans des stades ou dans des salles toujours plus grandes avec un public toujours plus nombreux. Il était impossible d’entendre des instruments acoustiques dans de telles conditions sans bénéficier d’une amplification électrique.

Ces changements sont étroitement liés aux nouvelles inventions technologiques qui ont permis l’avènement des instruments de musique électriques.

Les prémices du violon électrique

Les essais d’Elisha Gray

En 1874, Elisha Gray, inventeur américain de génie, s’essaye dans “l’électrification d’un violon”. En 1875, il obtient un brevet pour son « Electric Telegraph for Transmitting Musical Tones », un télégraphe électrique transmettant des sons musicaux. Un violon était utilisé comme résonateur pour produire des sons musicaux transmis à l’aide d’un fil télégraphique. Sur ce violon, une plaque métallique était installée permettant de réceptionner et d’amplifier les oscillations électriques à travers la caisse de résonance de l’instrument. Son idée représente l’inverse du principe du violon électrique. Dans son expérience, le violon joue le rôle de l’amplificateur. Nous sommes encore loin du premier violon électrique tel que nous le connaissons aujourd’hui.
L'inventeur américain Elisha Gray

Le violon Stroh : un cousin proche

Le violon Stroh, appelé aussi le Stroviol, a été inventé par John Matthias Augustus Stroh, un ingénieur autrichien. Il présente cet instrument de musique en 1899 à Londres. Le violon Stroh attire de nombreux curieux, car il ne possède aucune caisse de résonance et dispose d’un pavillon associé à une membrane accolée au chevalet. Il est l’association du violon à l’invention du gramophone d’Edison. Grâce au système d’amplification du gramophone, les vibrations sont amplifiées puis diffusées grâce au pavillon.

L’amplification des violons acoustiques

Stuff Smith est considéré comme le premier violoniste à avoir utilisé des techniques d’amplification électrique sur un violon classique. Il ne jouait pas un violon électrique tel qu’on les nomme aujourd’hui, mais il avait amplifié son violon acoustique à l’aide d’un pickup.

Les premiers violons électriques

Une succession de brevets déposés

La majorité des informations relatives aux origines du violon électrique sont aujourd’hui retrouvables dans les brevets. Les documents plus anciens édités par les inventeurs ont disparu, n’ont peut-être jamais existé ou sont encore à découvrir. Il existe peu trop d’éléments à ce sujet.

En majorité, ces brevets concernent un système d’amplification, à installer sur un violon ou directement intégré au violon, dont l’objectif est de sonoriser l’instrument. On y retrouve à la fois des brevets d’invention de violons électriques et de pickups (systèmes permettant d’amplifier l’instrument). Notez que les premiers éléments proposés ont été les pickups à installer sur un instrument.

Les pionniers du violon électrique

Ivan Makhonine

Le 12 avril 1930, le journal L’ILLUSTRATION a publié un article sur un violon imaginé par Ivan Makhonine, ingénieur et inventeur russe. Ce violon électrique est joué par la violoniste Cecilia Hansen. Il n’y a pas de brevet relié aux travaux d’Ivan Makhonine pour ces travaux sur le violon électrique. Il est reconnu pour de nombreuses autres recherches notamment le carburant Makhonine. Son travail sur le violon électrique est mis en lumière par le biais de cet article et d’une vidéo à découvrir ci-dessous. Sur l’image, on visualise très bien un violon sans caisse de résonance relié par un câble à un amplificateur. Il s’agit donc d’un violon électrique.

Victor A. Pfeil

Victor A. Pfeil est un inventeur américain ayant imaginé plusieurs instruments de musique électriques, dont un violon et un violoncelle, utilisant un pickup magnétique. Plusieurs brevets ont été déposés à son nom et sont encore accessibles sur les bases de données. Le premier a été déposé en 1928 et décrit :

This invention relates to musical instruments and it has particular reference to a stringed instrument having a transforming and amplifying device mounted in part therea The invention contemplates the provision of a stringed musical instrument simulating any well known type, which may be played manually for directly producing a pulsating electric current which may be amplified and transformed into sound energy reproducing the notes of the instrument at a remote point.

Traduisible en français : Cette invention concerne les instruments de musique et plus particulièrement un instrument à cordes comportant un dispositif de transformation et d’amplification monté en partie. L’invention envisage la fourniture d’un instrument de musique à cordes de n’importe quel type, qui peut être joué manuellement pour produire directement un courant électrique qui peut être amplifié et transformé en énergie sonore reproduisant les notes de l’instrument à distance.

Ce violoncelle et violon électriques ont été présenté dans un article du journal RADIO-CRAFT d’août 1933.

George Beauchamp (société Rickenbacker)

L’un des violons électriques fabriqués par George Beauchamp est référencé par le musée MET. Le musée dispose du violon numéro 21 dans sa collection. Sur son site Internet, le MET précise :

This design was made by George Beauchamp of Los Angeles, who first received a patent for an electric violin in 1936. This specific instrument is probably a prototype for his second patent which would be granted on February 14, 1943.

Traduisible en français : Cette conception a été réalisée par George Beauchamp de Los Angeles, qui a reçu pour la première fois un brevet pour un violon électrique en 1936. Cet instrument est probablement un prototype issu de son deuxième brevet qui lui a été validé le 14 février 1943.

Malheureusement, cette affirmation à propos du premier brevet obtenu pour un violon électrique reste difficile à vérifier. Le brevet de Victor A. Pfeil a été validé plus d’une décennie avant celui de George Beauchamp. Certes, le brevet de Victor A. Pfeil n’utilise pas explicitement le terme « violon électrique » dans sa description, mais l’instrument tel qu’il est présenté et schématisé est bel et bien un violon électrique.

Par ailleurs, George Beauchamp ne s’est pas limité à imaginer un violon électrique. Il voulait proposer un quatuor à cordes frottées électriques au complet (violon, alto, violoncelle et contrebasse). Le quatuor est nommé “The Electro Violin Family” et a été présenté dans différentes publicités. Cependant, seuls le violon et la contrebasse semble avoir été commercialisés. A priori, seule une petite a été rendu accessible sur le marché. Les autres instruments ont existé en tant que prototypes.

Luis Nicolas de Lazaro

À la Cité des Arts et des Sciences de Valence en Espagne, on peut voir un violon électrique conçu (?) ou basé sur le brevet de Luis Nicolas de Lazaro. Cet inventeur espagnol a commencé le violon lors de son enfance avant de poursuivre ses études musicales au Conservatoire Royal Madrilène sous la direction de Fernandez Bordas. Il est parti ensuite étudier avec J. Poullet à Paris où il a obtenu le premier prix de violon lors du concours international de Bordeaux en 1929.

Après plusieurs tournées mondiales et nationales, il s’est lancé dans la création de son violon électrique. Dans l’une des biographies, extraite d’un programme artistique, présentant Luis Nicolas de Lazaro, on peut lire :

Fervorosamente apasionado por el violín, puso su empeño en obtener la máxima pureza de sonido y en lograr la uniformidad en las vibraciones, por electricidad así como en ampliar la potencia y la pastosidad sonoras del instrumento, cuyo empeño tras de ardua labor y a través de pausados y concienzudos estudios electrofonicos, le llevó a la invención del Violín Eléctrico, logrando despuès de una obstinada labor, la construcción de un violín que fue perfeccionando, a fuerza de estudio y de voluntad, hasta conseguir la maravilla del sonido y de pureza que constituyen las más destacadas características de su Violín Eléctrico.

Traduisible en français : Fervent passionné de violon, il s’efforce d’obtenir la pureté maximale du son et l’uniformité des vibrations par l’électricité, et d’augmenter aussi la puissance et la mollesse du son de l’instrument. Efforts qui, après un travail ardu et par des lente et consciencieuse études électrophoniques. Études qui l’ont conduit à l’invention du violon électrique. Un violon obtenu après un travail acharné, une construction qu’il a perfectionnée, à force d’étude et de volonté, jusqu’à atteindre l’émerveillement du son et de la pureté ce qui constitue les caractéristiques les plus remarquables de son violon électrique.

Son brevet a été déposé en 1948.

Ces inventeurs font partie des pionniers du violon électrique. Cependant, à cette époque, l’idée et l’intérêt d’un violon électrique n’étaient pas pris au sérieux. Il aura fallu attendre de longues décennies avant que le violon électrique ne prenne de l’importance. C’est au début des années 60 que l’instrument connaît de nouvelles évolutions et un gain d’intérêt.

L’avant-garde du violon électrique

Clarence Leo Fender

À la fin des années 50, Clarence Leo Fender, fondateur de la société du même nom, produit un nouveau violon électrique équipé d’un pickup magnétique. Son brevet a été déposé en 1958. Les schémas de ce brevet montrent un violon équipé d’un pickup. Le brevet le décrit comme un instrument électro-acoustique. Un an plus tard, il dépose un second brevet protégeant le design du corps de son violon électrique.

C’est probablement le premier violon électrique ayant été produit en plusieurs pièces identiques. Il est cependant impossible de connaître le nombre d’exemplaires produits de ce modèle. Les premières versions du violon électrique Fender étaient assez lourdes et n’ont pas connu un réel succès commercial. Par la suite, la société Fender a été reprise et a relancé de nouvelles versions de cet instrument.

Spencer Lee Larisson (Xinde corporation)

Spencer Lee Larisson a fondé la société Xinde corporation qui a produit le violon électrique Vitar au début des années 70.

Le brevet déposé en 1970 décrit :

A stringed musical instrument, which is preferably adapted to be bowed, including a solid body and an elongated neck member attached to and extending from the body. […] Novel electronic pickup means is also provided including separate pickup devices for each string and separate means for adjusting the volume output from each string.

Traduisible en français : L’invention concerne un instrument de musique à cordes, qui est de préférence adapté pour être joué à l’aide d’un archet, comprenant un corps solide et un manche allongé fixé au corps et s’étendant à partir de celui-ci. […] Un nouveau système électronique de captation des vibrations est aussi fourni incluant des dispositifs de captation individuels à chaque corde et des moyens séparés afin d’ajuster le volume de sortie de chaque corde.

Le brevet détaille un violon électrique à 5 cordes équipé d’un pickup magnétique. Le design rappelle la forme d’une guitare électrique. Le corps était en fibre de verre. L’égaliseur sur la droite de l’instrument est dédié au contrôle du volume par corde. L’instrument possédait aussi une fuzz intégrée appelée la DynaFUZZ.

La reconnaissance du violon électrique

Les décennies passant de nombreux violons électriques ont vu le jour. Depuis les années 1980, ils connaissent une nouvelle jeunesse avec l’essor des technologies et l’avènement des musiques modernes. La visibilité de nombreux violonistes jouant des violons électriques ont rendu populaire l’instrument. Tout cela a permis à un plus grand nombre de violonistes de se lancer dans l’aventure « électrifiée ».

Nous n’avons cité que quelques noms d’inventeurs connus pour leur participation au développement du violon électrique. Il en existe des dizaines d’autres. Une petite recherche sur la base de brevets Google Patent liste énormément de résultats.

Sources et images : Wikipédia, Mark (auteur de recherches sur le violon Vitar), utilisateurs nous ayant envoyé des photos prises dans des musées ou trouvées sur Internet, Benedict Heaney (auteur de recherches sur le violon électrique), Google Patent, YouTube, la Cité des Arts et des Sciences de Valence, le MET, Quant’Homme, le MIM.

Tags : violon électrique

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