Qu’est-ce qu’un relevé de solo ? À quoi sert cet exercice ?

Les origines du relevé de solo

Qu’est-ce que le relevé de solo ?

Complètement relié à l’univers du jazz, le relevé de solo, appelé aussi le chorus, est un exercice consistant à apprendre un solo contenu dans un enregistrement audio pour ensuite le jouer à son tour d’abord à son rythme, puis en respectant le rythme d’origine, tout en retranscrivant l’enregistrement d’origine le plus fidèlement possible.

C’est un procédé d’apprentissage utilisé en jazz dont le but est la progression du musicien dans l’enrichissement de son jeu et de ses capacités d’improvisation. Arriver à reproduire une ligne mélodique juste en l’écoutant est l’un des objectifs de tout musicien. Lorsqu’un musicien est capable de le faire, il peut alors jouer ce qu’il entend sans trop de réflexion. Il a une capcité d’improvisation sur à peu prés tout.

Le relevé de solo s’applique à tout instrument. D’ailleurs dans les enregistrements jazz, vous trouverez plusieurs chorus d’instrumentistes variés : violonistes, saxophonistes, pianistes, batteurs, violoncellistes, etc.

D’où vient cet exercice de relevé de solo ?

Le jazz est un mouvement musical dont l’origine reste récente. Au départ, il n’existait pas d’outils pédagogiques facilitant l’apprentissage du jazz. Loin des méthodes de jazz disponibles aujourd’hui, il fallait observer les musiciens de jazz pour comprendre et apprendre leur langage. Les musiciens ne se limitaient pas à l’observation de leurs confrères, mais ils analysaient aussi le fonctionnement des autres instrumentistes. Ainsi, il n’était pas rare de voir un trompettiste s’imprégnant du travail d’un pianiste par exemple.

Pour progresser, il est important de ne pas se limiter à un type d’instrument. Mais bel et bien, d’écouter chaque instrument pour y trouver son inspiration. Tout ce que fait un saxophoniste lors d’un solo n’est pas toujours reproduisible avec un violon. Cependant, il n’est pas rare d’imaginer de nouvelles façons de créer des sons en essayant de reproduire le son entendu. Le trompettiste américain Wynton Marsalis a répondu à un journaliste lui demandant comment se lancer dans le jazz :

The thing about jazz is it is very difficult to learn how to play. In classical music, it is graded. You have musical camps, you can go to conservatories. You know you can chart your development. In jazz, you have to learn how to play the music […] You have to learn how to play some blues […] you have to learn playing all keys, how to improvise on the basic forms like rhythm changes, standard songs […] all these songs in all keys. You have to learn how to swing which is to play with a certain rhythmic attitude. You have to learn rhythms […] You have to learn the history of the art form so you can participate in the dialogue with other musicians […]

Comprenez en français :
Le fait à propos du jazz, c’est qu’il est très difficile d’apprendre à en jouer. En musique classique, tout est noté. Vous avez des camps de musique, vous pouvez aller aux conservatoires. Vous savez que vous pouvez planifier votre progression. En jazz, vous devez apprendre comment jouer la musique […] Vous devrez apprendre à jouer du blues […] Vous devez apprendre à jouer toutes les clés, comment improviser sur toutes les grilles basiques comme les changements de rythme, les standards […] toutes ces chansons dans toutes les clés. Vous devez apprendre comment swinguer ce qui signifie jouer avec une certaine attitude rythmique. Vous devez apprendre les rythmes […] Vous devez apprendre l’histoire de l’art de ces grilles pour participer au dialogue avec les autres musiciens […]

Pourquoi relever un solo ?

Dans la pratique et l’apprentissage du jazz, le relevé de solo est une étape indispensable pour progresser. C’est un exercice facilitant la compréhension du jazz et améliorant votre capacité à écouter, à reproduire, à participer et à développer votre propre style.

Les musiciens de jazz actuels se sont tous inspirés d’autres musiciens. Il n’est pas rare de retrouver des phrasés des uns reproduits et adaptés par d’autres. En reproduisant les solos d’un musicien, vous allez décrypter sa méthode d’improvisation et ainsi comprendre comment il a pensé son solo de la première à la dernière note. C’est très instructif pour saisir la méthode de pensée du musicien.

Une formation de jazz a toujours un répertoire qu’elle joue sur scène. Mais ce répertoire évolue constamment, car lorsqu’un musicien s’engage dans une direction, les autres musiciens le suivent. Le titre évolue sur l’instant et chaque musicien présent doit être capable de réagir et de participer. Après un concert, il n’est pas rare de les entendre dire : j’ai reconnu ce phrasé sur lequel tu t’es lancé, il provient de tel artiste ! En ayant relevé cet artiste par le passé, ce musicien a pu identifier le style choisi et a ainsi poursuivi le phrasé lancé par le premier. Le relevé de solo, qu’il a certainement réalisé par le passé, l’a bien aidé.

Jusqu’où pousser un relevé de solo ?

Un relevé de solo s’attarde sur un solo complet, sur une section de celui-ci ou encore sur une courte phrase. Il vaut mieux se concentrer et bien travailler une phrase plutôt qu’un solo en entier. Vous mémoriserez plus facilement quelque chose de court. L’important est bel et bien de s’en souvenir inconsciemment pour l’utiliser plus tard.

On a souvent tendance à se limiter à une reproduction sonore. Cependant, beaucoup de puristes du genre poussent les solos jusqu’à l’incarnation du musicien en reproduisant ses mouvements, son attitude, ses intentions, etc. Évidemment, si vous disposez d’un enregistrement vidéo cette reproduction peut être poussé jusqu’à son paroxysme. À partir d’une reproduction sonore, le son entendu donne des idées sur l’attitude du musicien (accentuation, nuances, timbre, etc.)

Faut-il relever un solo par écrit ou à l’oreille ?

Un relevé de solo se fait à l’écrit

Les origines du relevé de solo sont intrinsèquement liées au jazz, à l’improvisation et donc à un jeu basé sur l’écoute (et non sur l’écrit). Aux débuts du jazz, les musiciens n’avaient pas d’autre choix que de relever la musique qu’ils entendaient en l’écoutant. Il n’existait aucune partition traitant de ce nouveau mouvement musical. Les seuls éléments à leur disposition étaient les enregistrements vinyle et leur ouïe pour interpréter le titre écouté. Plus tard, l’évolution du jazz et de ses techniques, et surtout des méthodes l’entourant, ont fait apparaître le relevé écrit. On parle dans ce cas de transcription de solo puisqu’il est écrit. Mais la base du relevé de solo se fait par l’écoute.

Cependant, si pour débuter, vous ressentez le besoin d’écrire ce que vous entendez, ne vous interdisez pas de le faire. Généralement, les musiciens venant d’une formation classique ont souvent besoin d’une partition pour se lancer.
Par contre, petit à petit, nous vous invitons à abandonner l’écrit. À force de pratique, les relevés de solo deviendront plus simples pour vous et vous pourrez profiter de votre sens de l’écoute pour y arriver. En effet, le jazz est une musique d’improvisation, sans partition. Pour progresser, il vous faut passer le pas du relevé solo à l’oreille ! Cela est bénéfique pour votre progression, car vous entrerez dans le pur univers de l’écoute pour jouer, accompagner, reproduire, performer, etc. sans jamais ressentir le besoin de lire une partition.

Une transcription écrite pour garder une trace de votre travail

À la fin d’un relevé de solo à l’écoute, il n’est pas interdit d’en garder une trace écrite et donc de le retranscrire lorsque vous avez terminé. Après avoir passé du temps à le relever, vous risquez de l’oublier en partie avec le temps. En l’ayant retranscrit quelque part, vous gardez une trace de votre travail et vous pouvez le revoir quelques mois plus tard pour le retravailler, l’adapter, etc. Évidemment, la transcription sert comme point de repère dans ce cas, elle ne doit en aucun cas être lue à chaque session.

Une transcription ne doit pas être une partition

Faites vraiment attention, à ne pas abuser de l’écrit ! C’est-à-dire à ne pas transformer votre transcription en partition. Il est plus simple de lire une partition lorsqu’on débute, car on a la satisfaction de rejouer ce qu’on entend vite et bien. Mais créer une partition n’est pas du tout l’objectif d’un relevé de solo. Voyez la retranscription comme un outil d’aide et non comme une finalité.

L’objectif du relevé de solo est d’améliorer votre capacité à mémoriser des phrases entendues, à les réutiliser dans différents contextes, à les intégrer à votre vocabulaire, etc.
Si vous ne faites que les écrire pour ensuite les rejouer en relisant votre transcription, vous ne progresserez pas au sein de cet univers. Sans retranscription sous les yeux, vous serez incapable de les reproduire.

N’oubliez pas que l’objectif est d’incorporer les phrases étudiées à votre jeu ! Une fois acquises, elles resurgiront lors de vos improvisations. Elles seront dans un premier temps telles qu’entendues et apprises, puis transposées ou transformées par votre propre schéma d’improvisation.

Comment relever un solo ?

Comment choisir un solo ?

Il n’y a pas de question plus simple ! Relevez les solos que vous appréciez. Au départ, les instrumentistes se concentrent sur les solos de leurs confrères. Ainsi, naturellement, un violoniste relèvera d’abord des solos proposés par d’autres violonistes.

Évidemment, ne commencez pas par le solo le plus complexe. En commençant par quelque chose de trop difficile, vous risquez de vous dégoûter, de renoncer et de ne plus jamais réaliser de relevés.

Essayez de débuter par un standard simple de jazz que vous connaissez et appréciez par exemple. Avant de vous lancer, remémorez vous les accords d’accompagnement du titre. Ils vont vous donner le cadre d’improvisation du musicien. Il sera alors plus simple de retrouver ce que vous entendez grâce aux gammes et aux harmonies. Ci-dessous, le standard Autumn leaves par Richard Galliano, Didier Lockwood and Bireli Lagrene filmés lors d’un festival suisse en 2014.

Aujourd’hui, grâce à YouTube notamment, il est facile de trouver des morceaux pour travailler. La plateforme regorge d’anciens et de nouveaux enregistrements d’artistes de toute décennie. Voici d’autres idées de standards de jazz pour se lancer : Blue Bossa, All of Me, Take the A Train ou encore Minor Swing.

Petit à petit, votre maîtrise de l’exercice facilitera l’analyse de sections plus complexes. Généralement, un musicien choisit un solo en tenant compte :

  • de sa complexité et de l’intérêt technique qu’il apporte
  • d’une attirance toute particulière pour un musicien précis
  • de l’apprentissage d’un vocabulaire issu d’un univers particulier (swing, new orleans, jazz contemporain, blues, etc.)

Par où commencer ?

Au départ, et sans pratique, vous allez être confronté à plusieurs difficultés. Mais elles disparaîtront au fur et à mesure de votre apprentissage.

Oublier la méthode de lecture des partitions

Il ne s’agit pas de l’oublier définitivement, mais de la mettre de côté dans ce type de pratique. En tant que musicien, et si vous avez reçu une éducation musicale conventionnelle passant par l’étape du solfège, vous avez appris à lier la lecture d’une partition au travail de vos mains et de vos doigts sur un instrument de musique. Or, le relevé de solo s’attache à développer votre oreille musicale et vos capacités d’improvisation sans partition. C’est à partir de votre écoute et de votre imagination que subviennent les mouvements de vos mains et doigts. On a donc deux méthodes opposées et très différentes.

Avoir une bonne dose de motivation

Lorsqu’on se lance dans ses premiers relevés de solo, il faut bien tenir compte que ce travail est fastidieux et pas simple aux premiers abords. Il demande du travail individuel que nul autre musicien ne peut faire à votre place. Cependant, la pratique va enrichir les résultats de schéma de pensée dans l’improvisation.

Saisir les solos compliqués

Les solos complexes de musiciens de jazz aguerris ne sont pas la meilleure des idées pour commencer. Ils jouent très vite des lignes mélodiques compliquées, il peut être difficile de cerner la totalité de ce qu’ils jouent.

Dans ce cas, soit le solo est trop difficile pour une première approche, soit vous pouvez vous limiter à un petit morceau de celui-ci en choisissant uniquement une grille. Une fois que cette grille est acquise et mémorisée, vous pouvez vous lancer sur la suivante. Il vaut mieux retenir une seule phrase du solo que travailler sur la totalité du solo et de ne pas s’en souvenir. L’important est de garder une trace en mémoire du travail effectué pour le réutiliser dans un nouveau cadre plus tard.

Ralentir la vitesse de lecture sur YoutubeN’hésitez pas à utiliser des logiciels ou des options de lecteur vidéo ou audio pour ralentir les phrases rapides. Lorsque la rapidité d’exécution est conséquente, ralentissez la vitesse de lecture. Le lecteur vidéo de YouTube permet notamment de choisir la vitesse de lecture en la préservant dans son format d’origine, en l’accélérant ou en la ralentissant. C’est cette dernière option qui nous intéresse. Le logiciel VLC offre aussi cette option. Il existe aussi des logiciels dédiés aux relevés de solo comme Transcribe.

Identifier les notes entendues

Votre manque de reconnaissance des notes à l’oreille sera aussi une difficulté. Sur ce point, il n’y a pas de secret. Tout le monde ne naît pas avec l’oreille absolue ! Cependant, en entraînant votre oreille, en pratiquant le relevé de solo, vous allez vite vous rendre compte de votre progression dans ce domaine. L’une des astuces est de fredonner et de chanter pour mieux percevoir les gammes, les arpèges, etc.

Ne pas oublier le rythme du solo

Pour relever un solo, il ne suffit pas d’identifier les notes mais aussi de les positionner correctement dans la grille rythmique constituant le solo. Si vous ne respectez pas le rythme, vous ne pourrez pas interpréter correctement le solo.

D’ailleurs, l’exercice du relevé de solo est très utile pour améliorer sa compréhension des intervalles et intégrer de nouvelles grilles rythmiques.

La majorité des logiciels permettent d’annoter une piste à l’aide de marqueurs afin de noter les mesures. Cela peut vous aider à saisir puis à respecter le rythme.

Ne pas se limiter au relevé de notes

Comme nous l’avons détaillé plus haut, relever un solo ne doit pas se limiter à identifier des séries de notes. Il s’agit de comprendre la palette de jeu d’un artiste. Cela concerne autant ses choix harmoniques, mais aussi les sonorités, les accentuations, les nuances, etc.

Il y a tout un travail à faire pour obtenir un bon relevé de solo : puissance du son, accentuations, gammes, chromatismes, standards, couleur du son, etc. Chaque paramètre est à relier à l’instrument joué. Parfois certaines techniques de saxophonistes ne peuvent être reproduite avec un violon. Dans ce cas, le violoniste est amené à imaginer un moyen de se rapprocher le plus possible de ce qu’il entend à l’aide de sa propre technique et de son instrument. C’est souvent ainsi que l’on découvre de nouveaux sons et possibilités !

Sources et images : France Musique, YouTube, Unsplash – Dolo Iglesias, Wynton Marsalis

Tags : improvisation, technique

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