Jouer dans la rue : tout un Art

Jouer de la musique dans la rue

1. Pourquoi jouer dans la rue ?

Jouer dans la rue peut beaucoup vous apporter ! C’est une excellente préparation à la scène. Cela permet de tester sa présence, ses compositions personnelles, son style et bien d’autres aspects. Si vous arrivez à capter l’attention des passants, vous serez probablement capable de jouer sur des scènes plus importantes.

C’est aussi un bon moyen de répéter et de s’améliorer. Les personnes qui s’arrêtent ne vous jugeront pas vraiment, car elles profitent de l’opportunité que vous leur donnez de vous écouter. Si votre musique ne leur plaît pas, elles s’en iront et poursuivront leur chemin. Au contraire, si elles apprécient votre style, elles vous laisseront quelques pièces et billets, échangeront avec vous, etc. C’est ici que commencent vos premières relations artiste-public.

D’ailleurs, beaucoup d’artistes ont commencé par de petites prestations dans la rue ! Et aujourd’hui, ils produisent des dizaines d’albums et de concerts ! Dans tous les cas, cela vous permettra d’apprendre de nouvelles choses !

2. Où et quand jouer ?

Connaître la réglementation appliquée dans votre pays, voire dans votre ville

En France

Jouer dans la rue est un vrai défi et il est vrai qu’en France, il n’est pas simple de savoir ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas.

En France, jouer dans un espace public, comme une place ou une rue, nécessite l’obtention d’une autorisation. D’après le Ministère de la Culture et de la Communication, il faut obtenir l’accord de l’autorité publique en place. Pour être plus clair, il vous faut demander une autorisation à la mairie. Chaque collectivité possède ces propres règles ; certaines possèdent leur propre service donnant des autorisations d’occupations de l’espace public, tandis que d’autres interdisent purement et simplement le droit de jouer sur l’espace public…

Violoniste joue dans la rue

En pratique, il n’est pas rare de voir des musiciens s’installer et jouer librement. Il arrive que des agents municipaux fassent déguerpir les musiciens, et parfois la sanction peut être plus lourde : amendes, confiscation des instruments et du matériel, arrestation, etc. Mieux vaut se renseigner auprès de la commune et d’autres artistes de rue.

Le cas particulier du métro parisien

Jouer dans le métro parisien nécessite de passer une audition auprès de la structure Espace Métro Accords, qui octroie les autorisations chaque année. Elle délivre environ 400 précieux sésames par an à des musiciens de style différent. Certains artistes reconnus ont d’ailleurs commencé dans le métro parisien, notamment Anis.

Au Canada

Il vous faut aussi obtenir des autorisations délivrées par les autorités locales. Ainsi il est précisé sur le site de la ville de Montréal :

Le permis de musicien, d’amuseur public et de sculpteur de ballons, permet à son détenteur d’exercer ses activités sur le domaine public de l’arrondissement. Les permis de musiciens, d’amuseurs publics et de sculpteurs de ballons ne sont pas contingentés, mais ils sont assujettis à des conditions.

Comme en France, il faut donc se renseigner auprès de la commune pour obtenir l’autorisation nécessaire et connaître les règles à respecter en matière de musique de rue.

Jouer dans le métro montréalais

À Montréal, jouer dans le métro ne nécessite pas d’autorisation spécifique. La règle du « premier arrivé, premier servi » est de mise. Il vous suffit de choisir l’un des emplacements mis à disposition et de vous installer pour jouer. Les emplacements sont reconnaissables grâce à des plaques murales contenant une lyre. Attention, seuls les musiciens sont autorisés à pratiquer leur art !

Choisir son emplacement

Choisir un emplacement n’est pas si simple ! Il faut à la fois trouver un lieu fréquenté et dégagé pour que les personnes puissent se positionner face à vous. Attention à ne pas gêner à la libre circulation des passants et des véhicules !

Le mieux est de choisir un emplacement connu et si possible touristique, ils sont plus généreux que les locaux, car ils se trouvent dans une situation de détente… Souvent, les rues du centre-ville sont un bon spot, tout comme les sites touristiques. Les placettes qui regroupent de nombreux cafés et snacks sont aussi de bons spots. Les gens s’y arrêtent pour grignoter ou boire un coup, et ont souvent quelques pièces pour les musiciens. L’idéal est de trouver un emplacement suffisamment étendu pour qu’on puisse vous voir et vous entendre de loin. Cela va laisser le temps aux gens de chercher quelques pièces dans leurs poches ou porte-monnaie. Du coup, en passant à votre proximité, ils n’ont plus qu’à les poser dans votre boîte à monnaie.

Évitez les endroits de passage rapide ; ces lieux où les gens ne font que transiter. Ils n’ont pas le temps de vous écouter et ne s’arrêteront pas. Leur objectif est d’aller d’un endroit à un autre endroit, ils ne sont pas dans une situation d’écoute.

Jouer au bon horaire

Le bon horaire va surtout dépendre de votre emplacement. Certains spots drainent plus de spectateurs que d’autres à certaines heures. Les placettes entourées de cafés et de snacks sont plus porteuses au moment des repas ! Les spots touristiques sont quant à eux fréquentés en fin de matinée ou dans l’après-midi. Pensez-y, car il n’y a rien de plus frustrant que de s’installer et de ne voir personne à l’horizon pour vous écouter.

3. Gérer son public et l’espace public

La sécurité

D’une certaine manière, et même si vous avez obtenu l’autorisation légale de jouer dans la rue, vous êtes responsable de votre « événement ». Si un problème éclate, votre responsabilité pourrait être engagée. Mieux vaut être au courant et éviter tout problème.

Être cordial avec les commerçants

Si vous ne vous entendez pas avec les commerçants qui se trouvent à proximité de votre spot, vous risquez d’avoir des problèmes… Mieux vaut leur dire bonjour en arrivant, et expliquer votre démarche. Ils ne seront que plus agréables et vous offriront peut-être même un coup à boire ! Le petit truc qui marche c’est d’échanger avec eux vos pièces, ils sont toujours à la recherche de pièces pour rendre la monnaie à leur client.

Savoir remercier

Très souvent lorsqu’un spectateur vous donne de l’argent, il s’attend à un remerciement de votre part. Un sourire ou un simple signe de la tête suffira à le satisfaire.

Se rendre disponible

Il n’est pas rare de se voir réclamer des morceaux spécifiques. Si vous ne les connaissez pas ou n’êtes pas à l’aise à l’idée d’improviser dessus, énoncez simplement que vous ne le connaissez pas, mais que vous avez en tête un autre morceau ressemblant ! Ou quelque chose qui pourrait plaire… En général, les passants sont compréhensifs, et le fait de suggérer autre chose les satisfait aussi.

Musicien de rue

S’entendre avec les autres artistes de rue

Les meilleurs spots sont souvent pris d’assaut… Il faut donc arriver en premier pour pouvoir en profiter. Si vous arrivez après, acceptez de changer d’emplacement. N’hésitez pas à demander à quelle heure les artistes comptent quitter les lieux et essayez de leur faire comprendre qu’il est possible de partager les horaires. Ils peuvent notamment vous envoyer un SMS au moment où ils quittent les lieux, libre à vous ensuite de venir vous positionner sur ce spot.

4. Que jouer ?

Il vous faudra un petit répertoire d’une dizaine de chansons. Vous ne faites pas un concert, inutile de connaître un set d’une heure ! Les gens qui s’arrêtent vous écoutent durant un à deux morceaux puis poursuivent leur chemin. Vous pouvez donc vous permettre de rejouer les mêmes morceaux à intervalles réguliers.

Reprises VS Compositions personnelles

Jouer dans la rue est le moment idéal pour tester vos compositions personnelles et identifier celles qui attirent !
Malheureusement, l’expérience montre souvent qu’il faut jouer des airs connus pour attirer un certain public. En reconnaissant un titre qu’ils apprécient, les gens se rassemblent et écoutent avec plus d’attention. Il peut être judicieux de commencer par une reprise puis d’enchaîner avec une composition personnelle lorsqu’un attroupement s’est créé devant vous ! Vos spectateurs ne vous écouteront pas pendant une heure, ils ne sont pas là pour vous entendre, mais profite de l’occasion pour le faire. N’ayez pas peur de les perdre en jouant vos compositions, car ils seraient partis malgré tout !

Quelle durée pour un titre joué ?

C’est une question épineuse ! Cela va dépendre du public que vous aurez face à vous ce jour-là. Si un attroupement s’est formé devant vous, il risque d’attendre la fin de votre morceau pour vous féliciter, vous applaudir, vous offrir quelques pièces, voire discuter avec vous. Il vous faut donc trouver le bon moment pour mettre un terme à la chanson.

Si en revanche, le public est plutôt passant et ne s’attroupe pas devant vous, vous pouvez sans problème jouer pendant de longues minutes le même morceau ! Les seules personnes qui le remarqueront seront celles qui restent sur place toute la journée.

5. De quel équipement ai-je besoin ?

Tout va dépendre de ce que vous allez jouer et du nombre de musiciens qui vous accompagne.

Acoustique VS Amplification

Si vous êtes plusieurs, jouer acoustiquement peut largement suffire. Vous devriez pouvoir couvrir le bruit ambiant.

En solo, cela peut être plus compliqué si l’espace public est bruyant ! Très souvent, les musiciens solo ont avec eux un amplificateur à batterie qui leur permet de jouer plusieurs heures. Sans ce petit amplificateur, ils peinent parfois à se faire entendre. Or si les gens ont du mal à discerner votre musique, ils ne vous écouteront pas.

Attention, à ne pas pousser le volume trop fort, vous risquez de déranger les commerces environnants. Et comme nous l’avons précisé plus haut, si vous ne vous entendez pas avec eux, il sera difficile de jouer dans de bonnes conditions !

Musiciens solo : avec ou sans accompagnement

Votre capacité à capter l’attention et à occuper l’espace va définir cette variante. Si vous n’êtes pas à l’aise, mieux vaut opter pour une bande son d’accompagnement qui vous aidera à exister.

Si en revanche, jouer un vrai rôle d’artiste ne vous effraie pas, alors vous devriez pouvoir capter l’attention sans accompagnement. Il peut être intéressant d’arborer une tenue particulière pour attirer l’œil, voire associer votre style musical à votre style vestimentaire. Pourquoi ne pas jouer de la country en portant un jean, un chapeau de cow-boy et une paire de santiags !

En solo, un looper peut aussi surprendre votre auditoire. Le looper va vous permettre de vous enregistrer à plusieurs reprises afin de créer un morceau complet composé de plusieurs pistes.

Debout vs Assis

On est généralement plus visible en étant debout. Mais s’il vous est compliqué de jouer debout, jouez assis n’est pas vraiment un problème. L’important est que vous vous sentiez à l’aise et que votre prestation soit la meilleure possible.

6. Quelques conseils pour être fin prêt

Savoir vous mettre en avant

Jouer dans la rue peut vous offrir de nouvelles opportunités : quelques dates de concert, ou des interventions dans le cadre d’événements privatifs. Alors placez à proximité de vous, un écriteau avec vos nom et prénom, votre site Internet, votre page Facebook, adresse email, etc. Disposez toujours de cartes de visite ou de flyers sous la main à donner à la personne qui le demande. Ne manquez pas les occasions qui se présentent à vous ! Et si vous possédez un CD, placez-le à la vue de tous !

Jouer du piano dans la rue

Disposer d’une boîte à monnaie

Ça peut paraître bête, mais vous devez absolument avoir une boîte dans laquelle les passants pourront déposer quelques pièces. Il semble bête de ne pas en avoir une, car c’est une norme… Et puis, pourquoi se passer de cette monnaie ? Elle vous permettra de rentabiliser votre temps. Testez attentif à ce qui se passe à proximité de la boîte, le vol de votre gain n’est pas à exclure.

Accepter d’être filmé et pris en photo

Être filmé et pris en photo fait partie du jeu d’un musicien de rue. Ne vous vexez pas si le public ne vous demande pas l’autorisation de le faire. Ils ne le font pas avec une mauvaise intention, mais simplement parce qu’ils apprécient votre prestation ! Au contraire, profitez-en pour les inviter à partager votre prestation sur leurs réseaux sociaux, cela pourrait vous apporter de nouvelles opportunités !

Sources : site de la ville de Montréal, site de la STM, site de la RATP, site du Ministère de la Culture et de la Communication.

Images : Unsplash – wenni-zhou, william-recinos, matthew-lejune, josh-appel