Comment groover avec un archet ?

Comment groover avec un archet ?

Cet article a été écrit par Jonathan H. Warren qui est l’un de nos Ambassadors. Il l’a rédigé en collaboration avec Tracy Silverman, lui-même violoniste et auteur du livre The Strum Bowing Method: How to Groove on Strings.

Chers violonistes, altistes et autres utilisateurs d’archet ! Il est grand de temps de se focaliser sur le rythme ! Allons même au-delà de cette notion, et apprenons à groover !

Si je vous dis « Groove ». Qu’est-ce qui vous vient en tête ? Vous pensez probablement à des sessions d’improvisation entre guitares ou à des vidéos de danses virales publiées sur TikTok ?

Je parie que, pour vous, le mot groove ne matche pas parfaitement avec les violons, les altos, les violoncelles et les contrebasses ? Et pourquoi pas ? Il est temps de changer cela : ces instruments peuvent eux-aussi faire partie de la famille des instruments qui groovent !

La communauté des instruments à cordes frottées est depuis longtemps en retard dans la pratique contemporaine des rythmes. La pédagogie traditionnelle d’apprentissage des instruments à cordes frottées possède un énorme retard sur l’étude du jeu rythmique et la création du groove. Ce type d’étude est principalement enseignée aux instruments mélodiques. Cet article et sa vidéo associée sont ici afin de vous donner des indications pour enfin groover avec votre violon (ou tout autre instrument à cordes frottées).

Aujourd’hui, vous commencez votre apprentissage afin de maîtriser l’Art du groove à l’aide de la technique Strum Bowing !

Oui, nous allons vous enseigner le chop !

Vous vous demandez certainement ce qu’est le chop ? Le chop est une technique de percussion qui se réalise avec l’archet.

Développée par Tracy Silverman, la méthode Strum Bowing englobe toutes les formes techniques rythmiques réalisées à l’aide d’un archet. On y aborde le chop, le shuffle ou toute autre percussion réalisée à l’archet dès l’instant qu’elle peut faire groover votre instrument. Il ne s’agit pas seulement du jeu réalisé avec l’archet, mais aussi du mouvement du bras.

Lorsque vous aurez saisi l’approche globale du rythme avec l’archet, groover deviendra naturel pour vous.

Par où commence-t-on l’apprentissage du groove ?

Le secret pour libérer votre potentiel… sont… les subdivisions (que l’on peut traduire littéralement en français par sous-divisions). Ok, ça n’est certainement pas très clair, mais ne bougez pas, on va y revenir plus précisément…

Dans le livre de Tracy Silverman, The Strum Bowing Method: How to Groove on Strings, il se réfère aux subdivisions comme les plus petites particules du groove. Il les a appelés les Groovons (prononcez « groove on »). Imaginez-les comme les particules d’un atome.

Pour Tracy, le rythme est constitué de dizaines de Groovons. Tracy Silverman explique ainsi :

Une ampoule s’est allumée au-dessus de ma tête, et j’ai réalisé que c’était la clé pour enseigner le chop et tout ce qui touche aux rythmes […] Toutes les subdivisions sont jouées d’une certaine manière, et pas seulement avec les accents. Tout est devenu clair ! Cela semble évident : toutes les subdivisions d’un rythme sont le fil conducteur d’une « musique qui groove ». Et c’est le chaînon manquant dans l’enseignement contemporain des instruments à cordes frottées. C’est la raison pour laquelle de nombreux instrumentistes à cordes frottées ne savent pas groover.

Notez qu’un accent en musique permet de nuancer la note sur laquelle il se trouve, dans le sens d’une intensité plus forte, cela pour mettre la note en valeur. Au sens large, l’accent renvoie à l’ensemble des accentuations existantes.

Pour bien comprendre le raisonnement de Tracy, examinons un rythme de guitariste. Lorsqu’un guitariste prend en main une guitare pour la première fois, sa première décision est souvent de choisir sa chanson préférée, d’apprendre les accords associés et de comprendre comment jouer le tout. C’est le schéma de base de tout guitariste débutant…

Lorsqu’il se lance dans ce schéma, le guitariste met en place un mouvement rythmique. Ce mouvement est, en fait, une grille rythmique de base. Le guitariste se focalise sur la plus petite subdivision d’un rythme, le Groovon. Celui-ci se constitue d’un simple grattage des cordes de la main droite qui va du haut vers le bas.
Lorsque cette grille d’accords est connue, le musicien est libre d’accentuer ou d’ignorer toute partie de cette grille d’accords afin de créer des rythmes uniques, qui, par défaut, ont une solide base de groove.


Le fait d’ignorer certaines notes, et de ne pas les jouer, les transforme en note fantôme (ou ghost en anglais). Une note fantôme sert au rythme. Pour les créer avec sa guitare, le guitariste n’appuie pas sur la corde avec la main gauche (celle qui est positionnée sur le manche), mais par contre, il va la jouer normalement avec la main droite (celle qui gratte les cordes). Le terme de « note fantôme » fait donc ici référence au fait de jouer cette note mais de manière peu audible. La note est là, et pourtant elle est absente !

En d’autres termes, quand un guitariste joue, vous n’entendez pas un même et permanent grattage des cordes du haut vers le bas. Beaucoup de Groovons sont implicites, et non joués. À titre de comparaison, c’est comme lorsqu’un dessinateur vous suggère un mur de briques alors qu’il n’a dessiné que quelques briques. C’est votre imagination qui fait le reste. Vous entendrez des suites rythmiques tout au long de la chanson, et pourtant, vous vous rendrez compte que le guitariste aura toujours un mouvement identique avec sa main droite pour gratter les cordes. Regardez la vidéo « Secret to Grooving » qui se trouve ci-dessus pour bien comprendre cette idée.

Ce focus sur la grille d’accords n’est pas aussi naturel pour les instrumentistes à cordes frottées en comparaison avec les guitaristes par exemple. Tracy Silverman a une explication :

C’est essentiellement parce que nous (les instrumentistes à cordes frottées) ne savons pas comment créer des notes fantôme. Nous savons que nous ne pouvons pas jouer un flux permanent de subdivisions. Nous ne savons pas comment laisser certaines notes en dehors de notre jeu d’archet. Et, nous ne savons pas comment les faire sonner de manière implicite. On nous apprend à jouer magnifiquement avec nos instruments, mais on ne nous apprend pas à ne les faire sonner pour jouer. De plus, jouer avec le rythme ne fait pas vraiment partie de l’apprentissage classique des instruments à cordes frottées. L’enseignement traditionnel se concentre plutôt sur la mélodie et la virtuosité. Les instruments à cordes frottées sont très difficiles à jouer. Du coup, on se concentre surtout sur la sonorité, sur le mouvement du bras avec l’archet, l’intonation, la précision, ou la vitesse de déplacement de la main gauche et de ses doigts. Ces instruments ne sont généralement pas utilisés comme des instruments d’accompagnement. Les grilles d’accords grattés (crées pour laisser du temps au chanteur ou au danseur) ne sont pas quelque chose que nous apprenons typiquement à faire.

Tracy explique aussi que les grilles, que nous, instrumentistes à cordes frottées, utilisons, sont là afin de suggérer une émotion. Nous utilisons l’archet pour générer cette émotion. Nous sommes formés pour être de vrais artisans de mélodies, et non des artisans de rythmes. D’une certaine façon, notre jeu d’archet existe pour embellir la musique et donner du sens à la mélodie jouée.

Mais, lorsqu’il s’agit d’apporter du rythme, on va faire appel à une guitare ou à une basse. L’impulsion a donné est incroyablement importante. Utiliser son archet pour créer du rythme ne suffit pas. Sans impulsion, le rythme ne peut exister. Pour y arriver, nous devons nous focaliser sur ce type de grilles d’accords. Et, notre jeu d’archet doit être synchronisé et régulier avec les Groovons.

Tracy précise dans son livre The Strum Bowing Method :

Même si vous n’en entendez qu’une mesure, un bon groove crée l’illusion de l’éternité. Il sonne comme s’il avait toujours été là, comme s’il avait déjà commencé et ne se terminait jamais. Vous ne pouvez pas le modifier. Vous allez l’utiliser, vous impliquer, et jouer avec pendant un moment.

Silverman explique que contrairement au jeu d’archet utilisé en musique classique, dans un groove, la régularité est sacrée.

La régularité d’un groove est une métaphore sur la continuité et la vie du groove lui-même. Les grooves représentent l’infini.

La Pratique du Groove – Astuces de Tracy Silverman

Voici quelques astuces que vous pouvez rapidement mettre en œuvre afin d’accélérer votre pratique du « groove ».

Comme expliqué précédemment, l’une des principales raisons du manque de groove des violonistes, et autres instrumentistes à cordes frottées, est que nous n’utilisons pas l’idée toute simple du grattage des cordes des guitaristes. Et donc, nous ne savons pas comment créer des notes fantômes (appelées aussi ghost notes). Brisons, tout d’abord, cette barrière.

La plupart des musiciens à cordes frottées pensent que les notes fantômes se font avec l’archet. Mais, en fait, c’est surtout un travail réalisé avec votre main gauche. Il vous faut amortir les cordes avec la main gauche pour qu’elles ne puissent pas complètement vibrer. Il y a deux façons d’obtenir cela :

  • Alléger la pression de votre doigt sur n’importe quelle note jouée, comme si vous jouiez une harmonique. Cela fonctionne mieux si vous jouez une note qui ne produit pas d’harmonique naturelle.
  • Ou bien utiliser votre petit doigt, ou plusieurs doigts si possible, afin d’amortir la corde.

Il vous faudra de l’entrainement pour y arriver. N’abandonnez pas, laissez-vous une chance de comprendre. Ce que vous devez obtenir est une forme de bruit sans hauteur de note. Le bruit entendu sera différent en fonction de la position de votre archet. Il peut être percutant ou très léger, ressemblant à un crissement atténué ou à un bruit plutôt sec et bref. Bien entendu, ces bruits peuvent se mélanger entre eux. Il existe des dizaines de possibilités. Il n’y a pas de bon ou de mauvais son, votre style va le définir. Gardez à l’esprit que la plupart de ces bruits ne sont absolument pas acceptables en musique classique… Mais, dans notre cas, ils sont nécessaires pour groover !

Lorsque vous pensez avoir trouvé ce mouvement d’archet et la position de vos doigts, voici quelques notions qui vont vous permettre d’intégrer des notes fantômes à votre jeu d’archet. Effectuez ces exercices lentement au départ.

Strum Etude 3 by Tracy Silverman

Puis, au bout de quelques heures, votre mémoire retiendra les mouvements. Et plus vous pratiquerez, plus vous pourrez y ajouter du style.

Un autre moyen très efficace de pratiquer est de jouer sur des morceaux sélectionnés au hasard. Écoutez la radio, une playlist ou un titre YouTube, et jouez le rythme de cette musique.

Voici un moyen simple pour groover avec n’importe quelle musique. Il s’agit de ma méthode : je l’appelle la GPS for Strings (pour Groove Proficiency System, comprenez en français le système pour maitriser le Groove ). Elle devrait vous aider à trouver la voie du groove en toute circonstance.

GPS (Groove Proficiency System) for Strings

L’idée est de cumuler la série d’étapes ci-dessous pour créer un bon groove.

Hum It / Vocalisez-le

Créez-le avec votre voix ou vocalisez le groove.

Quand je parle de “Hum it”, cela signifie qu’il faut vraiment recréer vocalement le son du groove. Avec du beatbox pourquoi pas. Ou imitez des percussions.

Strum It / Ressentez-le

Générez-le avec votre voix ou trouvez oralement le Groovon !

“Strum It” signifie qu’il faut le diffuser avec votre voix. Il s’agit de matérialiser cette subdivision, de ressentir le groove avec tout votre corps.

Say It / Dites-le

Mentalisez-le avec votre cerveau et identifiez la direction de l’archet.

La différence entre “Say it” et “Hum it” est qu’après avoir imaginé le groove vocalement, vous allez y ajouter des nuances. Cela va donner du corps à votre groove. Il vous faut simplement jouer sur la direction de l’archet du haut vers le bas pour donner des intonations à votre son. Vous devez savoir précisément où, quand et comment positionner votre archet sur chaque nuance. Cela doit être un schéma machinal, redondant et systématique. Vous devez reproduire le même schéma continuellement dans une boucle.

Play It! / Jouez-le !

Jouez-le avec votre instrument !

Une fois que vous l’avez identifié avec votre voix, votre corps et votre cerveau, il ne vous reste plus qu’à jouer ! Placez votre archet sur les cordes… Et laissez-vous guider.

Comme je l’expliquais plus haut, la meilleure façon de mettre en pratique ce système est de l’utiliser avec des chansons sélectionnées au hasard. Essayez de reproduire le schéma rythmique de la chanson avec votre instrument.

Étapes suivantes

Chers créateurs de groove, nous sommes à la fin de cet article, mais le groove ne doit pas s’arrêter en si bon chemin.

Cet article n’est qu’un très bref aperçu de la méthode Strum Bowing. Si vous souhaitez en apprendre plus, Tracy Silverman a écrit un livre sur le sujet ! Il a aussi écrit un livre sur l’étude du rythme. D’ailleurs, d’autres leçons et vidéos sont disponibles sur le site StrumBowing.com.

Merci à Tracy Silverman pour avoir ajouté ses commentaires à mon article. Ses explications se trouvent dans la section “La Pratique du Groove – Astuces par Tracy Silverman”.

Nous avons hâte de découvrir ce que vont donner les nouveaux rythmes que vous allez créer ! Restez créatifs et groovez !

Sources et images : Jonathan H. Warren, Tracy Silverman et sa méthode Strum Bowing, 3Dvarius.